ATELIER 3
Constitution et pouvoir constituant
Responsables : Lucien JAUME et Professeur Jean-Pierre MACHELON
Grille d'analyse :
Le pouvoir constituant a tenu une grande place dans la fondation et la vie de la Ve République, et, auparavant, il a eu en France une histoire riche. Trouvant ses
racines dans la notion de « lois du royaume », il devait sous la Révolution, selon Sieyès, assurer de façon irréfutable la suprématie de la Constitution et de la Déclaration des droits
sur les lois ordinaires, grâce à l’abolition de la confusion du pouvoir constituant et des pouvoirs constitués. Ce principe de séparation ne fut pas respecté. Considéré par la suite comme un
mythe, ou redouté au XIXe siècle par les élites qui le percevaient comme une menace lourde de désordres, le pouvoir constituant du peuple est actuellement décrit par
certains auteurs comme « une notion-limite du droit constitutionnel » (E.-W. Bockenförde) : le « peuple » comme sujet actif et autonome préexiste-t-il à l’acte
constitutionnel ? ou bien est-il, en quelque sorte, construit par les gouvernants en quête de légitimation ? En toute hypothèse, la Ve République a fait jouer un rôle important et
diversifié au pouvoir constituant du peuple : ratification de la Constitution, de la réforme de 1962, du quinquennat, traité de Maastricht, référendum portant sur le traité constitutionnel
européen, etc., cette énumération n’épuisant pas la matière. A l’heure actuelle, dans le cadre de l’Union Européenne, le pouvoir constituant du peuple reste, en France, le juge suprême dans un
conflit entre une norme européenne et la Constitution.
L’atelier propose d’ouvrir plusieurs perspectives : perspective historique (en quoi existerait-il un héritage et des modifications ?), perspectives de
théorie et de philosophie (par exemple, la question de la supra-constitutionnalité en droit français), perspective prévisionnelle : les usages récents du référendum à portée constituante
laissent-ils présager une nouvelle jeunesse du pouvoir constituant supposé résider dans le peuple ? Faut-il dire, par ailleurs, que d’autres instances, qu’elles soient parlementaires,
juridictionnelles ou administratives, exercent, en fait, le pouvoir constituant actif ? Enfin, sans vouloir en faire un volet complet de cet atelier, une perspective historique et
comparative (par exemple avec les Etats-Unis) pourrait être la bienvenue, pour faire ressortir les particularités de l’idée du peuple constituant dans l’héritage français.
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